Social : Pourquoi la loi El Khomri va bouleverser le marché du travail

Social : Pourquoi la loi El Khomri va bouleverser le marché du travail

Pour Gérard Ballot, professeur d’économie à l’université Paris 2, la réforme du licenciement économique va diviser par trois la part des CDD dans l’emploi et ramener la durée médiane des CDI à moins de trois ans, contre cinq aujourd’hui.

 

Quel sera l’impact de la loi El Khomri sur l’emploi en France ?

Avec mes collègues Olivier Goudet et Jean-Daniel Kant, chercheurs en informatique à l’université Paris 6, nous souhaitions mesurer les effets des nouveaux critères de licenciement économique introduits par la loi El Khomri. A cette fin, nous avons utilisé un modèle informatique qui reproduit le fonctionnement du marché du travail français à partir d’un échantillon de 800 entreprises et 8 000 individus. Les résultats sont spectaculaires : en quatre ans, le marché de l’emploi français serait bouleversé !

Quels seraient les principaux changements ?

Aujourd’hui, une entreprise attend en moyenne un an de perte financière avant de procéder à des licenciements économiques. Demain, si la loi El Khomri est votée, une PME de moins de 11 salariés pourra y recourir dès lors qu’elle aura subi une baisse de son chiffre d’affaires pendant un trimestre, une entreprise de 11 à 50 salariés pendant deux trimestres, celle de 50 à 300 salariés pendant trois trimestres et celle de plus de 300 salariés pendant quatre trimestres. C’est une réforme majeure qui va donner beaucoup plus de souplesse aux entreprises pour licencier sans craindre d’être condamnées après coup à payer de lourdes indemnités.

Quels seront les effets sur les embauches ?

Ils seront massifs. Dans notre modèle qui ne prend pas en compte l’intérim, la part des embauches en CDD va chuter en quatre ans de 78 % à 33 % et celle des CDI bondir de 22 % à 67 % ! Les conversions de CDD en CDI chez le même employeur grimperont de 17 % à 40 %. Au total, les CDD ne représenteront plus que 2,6 % de l’emploi total, contre 8,5 % actuellement. A l’inverse, les licenciements économiques seront beaucoup plus fréquents : leur part dans les fins de contrats explosera de 0,5 % à 20 %. La durée médiane d’un CDI tombera de cinq ans à moins de trois ans.

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